Nous sommes « Tous Humains » !

Nous sommes "Tous Humains" !

Le 22 janvier 2019, j’ai pu visiter l’exposition « Tous Humains. » présentée à l’Espace Mendès France situé à Poitiers. Elle propose un parcours avec des supports variés et des activités ludiques, qui s’appuient sur les découvertes les plus récentes dans différents domaines : la génétique, la biologie, l’Histoire, l’archéologie ou la paléontologie. Portant le message :  » Notre origine est unique, notre diversité est infinie » qui fait l’éloge de la diversité de l’humanité tout en rappelant que nous partageons une histoire commune; cette exposition vous invite à découvrir notre espèce comme vous ne l’avez jamais vu, loin des clichés et des idées reçues.

Le contexte

1) Le besoin de connaissances sur la place des êtres humains

Dans l’article posté sur Echosciences Nouvelle-Aquitaine on peut apprendre que la conception de « Tous Humains. » a pour point de départ la nécessité de connaître notre monde contemporain. Il est devenu complexe et est soumis à des changements rapides, si bien qu’il va échapper souvent à notre compréhension. Pour contribuer à mieux le connaître il y a un besoin d’avoir des explications actualisées et fiables, ainsi que de partager et de débattre. Une préoccupation majeure est de savoir quelle est la place de notre espèce au sein de la nature. Face aux enjeux planétaires, les personnes ayant travaillé sur cette exposition veulent rappeler qu’il est nécessaire de reconnaître notre unicité, de comprendre et d’accepter notre diversité.
« [Notre diversité] doit plus que jamais être comprise et acceptée. C’est la clé de notre survie. »

Préambule du dossier de presse de l’exposition « Tous Humains.

C’est dans le but de proposer des supports accessibles au plus grand nombre pour comprendre et échanger sur ce thème primordial, qu’a été initié le travail sur cette exposition. La conception a été réalisé durant deux années et s’est effectuée en collaboration avec deux conseillers scientifiques de renom, Michel Brunet, professeur au Collège de France et Jean-Renaud Boisserie, directeur de recherche au CNRS et directeur du laboratoire PALEVOPRIM de l’université de Poitiers.
« Nous sommes tous des africains »

Michel Brunet (Professeur au Collège de France)

L’exposition « Tous humains. » propose un parcours reposant sur cinq parties constituées de panneaux informatifs, d’objets, de photos, de vidéos, d’expériences et de manipulations. Que ce soit seul ou en groupe, vous serez accompagnés par un animateur afin d’en apprendre plus sur notre espèce.
« [les travaux] sur l’évolution des primates et de l’émergence de l’humanité, nous replace nous humains (Homo sapiens) dans l’histoire du vivant. […] Celle d’un petit groupe dans un buisson du vivant extrêmement touffu et extrêmement dense. »

Jean-Renaud Boisserie (Directeur de recherche au CNRS et directeur du laboratoire PALEVOPRIM)

2) Les missions de l'Espace Mendès France

Dans le dossier de presse on en apprend plus sur l’Espace Mendès France, le centre de culture scientifique, technique et industrielle de Poitiers. Depuis maintenant 30 ans il développe un large registre d’actions ouvertes à une multitude de publics. Ses trois missions affichées sont de populariser les applications et les métiers de la recherche, de contribuer à une éducation aux sciences renouvelée, et d’entretenir les débats sur les enjeux sociaux et culturels. Les actions qu’il entreprend sont menées en partenariat avec le monde de la recherche et de l’enseignement supérieur (université de Poitiers et de La Rochelle), ainsi qu’une myriade d’associations et de structures. Le soutien historique de la Ville de Poitiers, de la Communauté d’agglomération de Poitiers, de la région Nouvelle-Aquitaine et des ministères de l’éducation nationale, de la recherche et de la culture, assurent un appui fort aux projets. L’Espace Mendès France entend offrir des activités aux thèmes et aux propos divers, avec le souci de proposer des contenus de qualité. Il met en oeuvre une programmation annuelle ainsi que des déclinaisons en itinérance régionale dans le but de diversifier en permanence les publics.

Une diversité infinie !

1) Des milliards d'êtres humains sur Terre, tous faits de la même façon

L’exposition vous accueil avec un grand cadran numérique où est affiché un nombre colossal : 7 649 005 240 et ça augmente en permanence (vous pouvez le constater de vous-même sur ce lien http://www.worldometers.info/fr/). Ce nombre correspond à la population mondiale actuelle ! Eh oui, nous sommes un peu plus de 7,5 milliards d’êtres humains sur la planète. Un panneau explique que notre population a drastiquement augmenté depuis la fin du XXème siècle avec les avancées en hygiène, en médecine, accompagnés du recul de la pauvreté et de la malnutrition qui ont permis de réduire le taux de mortalité et d’augmenter l’espérance de vie. Mais tout aussi nombreux que nous sommes, nous appartenons à la même espèce : Homo sapiens. Nous avons tous le même corps. On peut s’amuser à le constater avec une petite activité, qui nous présente différents objets associés à des caractéristiques de notre corps : ainsi des bocaux remplis de fil rouge nous informe que notre corps contient 5L de sang, une toile tendue illustre que la surface de notre peau représente 2m², un squelette montre les 206 os le constituant… Bref vous le voyez, nous partageons des caractères communs à toute l’espèce humaine.

2) Mais avec des différences plus ou moins visibles

Malgré cette unité fondamentale, l’humanité est diverse ! D’un individu à un autre, nous pouvons trouver des différences plus ou moins visibles : un panneau nous parle de la forme de notre nez, de la couleur de nos yeux, de la couleur de notre peau… On peut également s’amuser à découvrir une différence plus discrète : nos empreintes digitales.
On nous présente aussi d’autres aspects qui sont différents d’un groupe d’humains à un autre. Quand vous voyagez dans un autre pays vous pouvez constater que les habitants ne parlent pas la même langue que vous. Et il peut y avoir d’autres différences : les habitudes relationnelles, la façon de manger, les choix musicaux, les croyances… Tous ces éléments forment ce que nous rassemblons sous le terme de culture. Il s’agit d’un ensemble d’activités, de croyances et de pratiques communes à un groupe social particulier, se transmettant de génération en génération. Dans le monde il existe une très grande diversité de cultures qui sont toutes d’égale valeur.

Comprendre notre diversité

1) La diversité génétique

Après avoir vu que la population humaine présente un ensemble de caractères variant d’un individu à un autre, l’exposition nous présente le support de l’information de ces caractères (comme le couleur des yeux ou la forme du nez), ce sont les gènes.
Des panneaux nous expliquent que les scientifiques se sont intéressés à la diversité génétique de notre espèce. En analysant et en comparant le génome de nombreux individus, ils ont découvert que tous les individus présents sur Terre partagent un génome identique à 99,9%. Ce qui signifie que 2 individus vivants à plusieurs centaines de kilomètres de distance seront différents (génétiquement parlant) à 0.1% ! Cette proximité génétique est due au fait que notre espèce est relativement jeune : 300 000 ans, ce qui à l’échelle des temps géologiques n’est pas grand-chose. Au cours de notre histoire, de petites différences se sont accumulées dans notre génome (des mutations) mais elles n’empêchent en rien la reproduction entre populations distinctes.
L’exposition se poursuit en révélant que l’étude de la diversité génétique humaine a permit de retracer notre histoire évolutive, et de comprendre notre variabilité. Elle a révélé que cette diversité est plus forte en Afrique, et plus on s’éloigne de l’Afrique plus la diversité génétique diminue. En génétique des populations cela correspond à l’effet fondateur. Il se produit lorsqu’à partir d’une population, un petit groupe va s’installer un peu plus loin n’emportant qu’une partie de la diversité génétique de la population source. Donc les résultats de cette étude confirment que l’origine de l’humanité est en Afrique.

2) Les race humaines n'existent pas !

La partie suivante de l’exposition aborde le problème des races et du racisme. L’espèce humaine présente une homogénéité forte. Mais il est indéniable que l’on retrouve une immense diversité entre les populations, qui se sont adaptées à différents environnements et ont fondé des cultures variées. Malheureusement, cela a conduit certaines personnes à vouloir hiérarchiser les populations humaines en races.
Le terme de race est utilisé pour d’autres groupes d’animaux domestiqués par l’Homme, on peut citer par exemple les chiens, les chats ou les vaches. Cette notion renvoie à des populations élevées dans des conditions strictes d’isolement, permettant de sélectionner artificiellement des caractères biologiques présentant un intérêt pour les hommes (esthétiques, alimentaires…). Évidemment cela n’est pas le cas pour Homo sapiens, la génétique a confirmé définitivement que les races humaines n’existent pas ! Pourtant il y a toujours des comportements hostiles envers d’autres populations, croyances et cultures : l’islamophobie, l’antisémitisme, la xénophobie, la ségrégation…

 

Le racisme existe bel et bien, mais ses seuls fondements sont politiques ou idéologiques en aucun cas ils sont scientifiques. Il existe des pays qui se sont dotés d’un arsenal juridique pour combattre les discriminations comme l’Allemagne ou le Canada. En France, depuis 1972 le racisme est un délit et un crime punit par la loi.

3) Tous les mêmes ancêtres !

Un panneau du parcours nous invite à prendre conscience que nous avons tous les mêmes ancêtres. Grâce à la génétique et aussi à la paléontologie il a été prouvé que nous partageons tous la même population ancestrale. Pour bien s’en rendre compte, il suffit de comparer le nombre théorique d’ancêtres que vous avez au nombre d’humains ayant réellement existé : ainsi vous avez 2 parents, 4 grands-parents, 8 arrière grands-parents… Si on continue comme ça jusqu’en 1800 on arrive à 128 ancêtres différents. Si nous n’avions pas d’ancêtres communs, cela voudrait dire qu’il y a 2000 ans chacun d’entre nous aurait 1 000 000 000 000 000 000 000 000 d’ancêtres (1 million de milliards de milliards d’ancêtres !). Ce qui est impossible car on sait que la population humaine d’il y a 2000 ans ne dépassait pas les 500 000 individus. Donc chaque humain partage de multiple fois les mêmes ancêtres.

Comprendre nos origines

1) La place de l'Homme dans la Nature

La poursuite de la visite continue avec l’histoire de l’évolution de notre espèce, en commençant par montrer où se situe les humains dans le monde vivant. On nous présente le principe de la classification phylogénétique, qui permet de regrouper les êtres vivants dans des ensembles en fonction des caractéristiques qu’ils ont en commun. Ainsi si on applique cela aux humains on peut dire que ce sont des animaux classés parmi les mammifères, dans l’ordre des primates au sein des « Grands singes » (les Hominoïdes). Ces derniers comportent 5 groupes : les humains, les chimpanzés, les gorilles, les orangs-outans et les gibbons. Et si vous vous demandez quelles sont les caractéristiques qui définissent le mieux les humains ? Un petit texte sur un panneau nous informe que dans l’état actuel de nos connaissances, il s’agit de la bipédie et le fait d’avoir de petites canines.
Parmi les autres « Grands singes », les humains sont plus proches des chimpanzés avec lesquels nous partageons un ancêtre commun qui se situerait, selon les études phylogénétiques, entre 8 et 10 millions d’années. A partir de cet ancêtre, 2 rameaux ont émergé : d’un côté celui des chimpanzés et de l’autre celui des humains. Et la suite de l’exposition se concentre sur l’histoire de ce rameau depuis ces origines (Sahelanthropus, Australopithecus…) jusqu’à l’apparition de la dernière espèce encore présente aujourd’hui : Nous !

2) La chronologie des humains

Pour résumer l’évolution des humains depuis ses origines, l’exposition nous présente différents panneaux parlant des divers fossiles décris. Il faut savoir que ces derniers sont rassemblés en plusieurs grades évolutifs. Actuellement le plus ancien grade évolutif connu correspond au Hominidés africains de la fin du Miocène, entre 7 et 5 millions d’années (Ma). Le genre Sahelanthropus est pour le moment le fossile le plus proche du dernier ancêtre commun des humains et des chimpanzés, il a vécu il y a 7 Ma. L’exposition nous présente le crâne découvert par l’équipe de Michel Brunet en 2001 (Toumaï), accompagné d’une reconstitution de cet individu. Parmi les autres membres de ce grade, il y a Orrorin découvert au Kenya et âgé de 6 Ma et Ardipithecus présent en Ethiopie entre 5,8 et 4,2 Ma. Il est probable que ces hominidés anciens aient donné naissance ensuite aux Australopithèques.
Le grade suivant regroupe les Australopithèques et les Paranthropes qui sont connus en Afrique de 4,2 à 1,2 Ma. Ce sont vraisemblablement les premiers fabricants d’outils en pierre. Au sein de l’exposition, on peut voir plusieurs fossiles des représentants de ce grade comme Australopithecus bahrelghazali (3,5 Ma, Tchad) ou Paranthropus boisei (2,3 Ma à 1,3 Ma, Afrique orientale). Bien qu’il existe de nombreux débats entre les spécialistes sur les relations de parenté entre ces différents hominidés, beaucoup s’accordent sur l’origine du genre Homo parmi les Australopithèques.
C’est aux alentours de 2 Ma, que sont connus les représentants les plus anciens du genre Homo : Homo habilis, Homo ergaster ou Homo erectus, ce dernier étant le premier dont on retrouve des fossiles en Europe et en Asie. Ensuite d’autres espèces plus récentes vont apparaître comme Homo neanterdalensis connu en Europe il y a 350 000 ans, et bien sûr Homo sapiens qui apparaît en Afrique il y a environ 300 000 ans.

3) Une histoire faite de migrations

L’exposition se termine en rappelant que l’histoire des humains est celle de migrants. Aujourd’hui Homo sapiens est présent sur tous les continents, à l’exception de l’Antarctique. Mais son histoire a débuté en Afrique, de laquelle il a pu s’étendre à partir de 185 000 ans par plusieurs vagues de migration. Grâce à la paléontologie et à la génétique il est possible de retracer les chemins empruntés par les humains pour coloniser progressivement la planète.
Le peuplement de la Terre s’est effectué à partir d’une région située entre le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Afrique orientale. Les plus anciens Homo sapiens connus en Europe sont datés d’environ 40 000 ans, ils correspondent aux Hommes de Cro-Magnon.
Et contrairement à la majorité de la population européenne actuelle, ces humains étaient probablement noirs. Ce n’est que vers 10 000 ans que l’acquisition de la peau claire se fera. L’expansion vers les régions au climat plus froid a sans doute été favorisé par une invention décisive : l’aiguille à chas. Elle a permis aux humains de pouvoir se confectionner des vêtements chauds. Les migrations entre des continents séparés, aujourd’hui, par des mers ont été possible car le niveau des océans du passé étaient plus bas. En effet le climat mondial était plus froid, ce qui fait qu’une partie des eaux était emprisonnée dans les glaciers plus développés à cette époque. Les humains ont pu ainsi atteindre l’Australie (dès 60 000 ans) et également l’Amérique en passant par le détroit de Béring depuis la Sibérie.

Pour conclure, ce qu’il faut retenir de cette exposition c’est bien que nous soyons des milliards d’individus nous appartenons tous à la même espèce biologique, Homo sapiens. Il n’y a aucun fondement scientifique à la reconnaissance des races distinctes au sein d’Homo sapiens. Aujourd’hui il n’y a plus qu’une seule espèce d’humains, mais dans le passé ça n’a pas été le cas. Notre famille a émergé en Afrique vers 7 millions d’années et durant les 5 millions d’années suivantes son histoire va se dérouler sur ce continent. Ce n’est que vers 2 millions d’années que d’anciens représentants du genre Homo vont s’installer en Eurasie. Quant à notre espèce, son histoire commence il y a 300 000 ans en Afrique, ensuite elle va s’étendre sur tous les autres continents au grès des migrations jusqu’à coloniser la planète. Malgré tout cela, il important de rappeler que l’humanité n’est qu’une branche parmi le buisson du vivant, une jeune branche.

Pour plus d’informations :
Le site de l’Espace Mendès France : https://emf.fr/

Toutes les informations sur « Tous Humains » :
https://emf.fr/ec3_event/tous-…
https://echosciences.nouvelle-…
Le site du laboratoire PALEVOPRIM : http://palevoprim.labo.univ-po…

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